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... (le roman)

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: MS.rose    14, 2008 2:25 pm

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ROMAN DE FAUVEL








Roman de Fauvel
Le carnaval, miniature figurant dans le manuscrit du Roman de Fauvel (dbut du XIVe sicle). 462x600 - 156Ko - jpg

Visioars/ AKG


Le Roman de Fauvel est un long pome satirique constitu par deux livres crits entre 1310 et 1314. Gervais du Bus (Gervs du Bus, Gervs du Bus) est le seul auteur avr de ce pome, qui constitue un violent rquisitoire contre la corruption et les abus des pouvoirs laque et religieux dans la France de Philippe le Bel. Fauvel est un ne roux charg de tous les dfauts ; son nom est un acrostiche de ses vices :FlatterieAvariceVilenieVarit (c'est--dire inconstance)EnvieLchetLe Premier Livre, de 1 226 octosyllabes, dcrit l'ascension de l'arriviste Fauvel. Le Deuxime Livre, de 2 054 octosyllabes, est un rcit allgorique : Fauvel veut pouser Fortune, qui lui a permis d'accder au pouvoir ; Fortune refuse mais lui accorde la main de Vaine Gloire ; naissent de leur union des petits fauveaux qui rpandent partout la corruption et le mal. 169 pices de musique vont tre introduites dans le Roman de Fauvel jusqu'en 1317 (ou 1318 ?) ; l'uvre acquiert alors une importance considrable en devenant le recueil le plus riche et le plus vari des formes de musique vocale monodique et polyphonique - chansons, antiennes, conduits, rpons, ballades, motets, lais, rondeaux.(...)



la source

http://www.universalis.fr/encyclopedie/Z020113/ROMAN_DE_FAUVEL.htm

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ANOUAR 14, 2008 2:44 pm 1
    
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: 02 MS.rose    14, 2008 2:36 pm

Le roman de FAUVEL





Introduction



Le roman de Fauvel est compos de deux livres : La carrire et le mariage de l'ne "Fourbe" en 1310 (1226 vers), et Les noces de l'ne "Fourbe" avec la passion de la vaine gloire en 1314 (2054 vers). On attribue frquemment la paternit de luvre Gervais du Bus, qui en 1312, est chapelain dEnguerrand de Marigny, ministre du roi Philippe le Bel. Mais seul le second livre est sign par une ruse qui dissimule le nom de Gervais.



Un ami de Gervais, Chaillou de Pesstain a retravaill le texte dans une version avec 150 insertions lyriques, latines et franaises, et une amplification de prs de 3000 vers. Version qui sert de base aux ditions musicales de Fauvel. Chaillou de Pesstain tait peut-tre le chevalier Raoul Chaillou, bailli dAuvergne (1313-1316). Selon Elizabeth Brown, il sagit dun pseudonyme de Gervais, voire dun ponyme pour tous les clercs de la chancellerie. Il est noter que Chaillou aurait obtenu quelques pices polyphoniques de Philippe de Vitry (1291-1361) le thoricien de lArs Nova.



Nous avons choisi de reproduire ici le tout dbut du Livre I, de cette uvre blasphmatoire et virulente. Ceci afin dinviter le lecteur (re)lire une uvre vritablement provocante et engage (sic !). Nous ne pouvons que dplorer, par contraste, le rgne prsent de la gaudriole dEtat. Bien sr, lutilisation allgorique danimaux pour une critique au vitriol du politique nous est que trop familire. Gnralement, linvocation de La fontaine crase tout, si ce nest Esope. Mais, peut-tre que certains se souviendront dAristophane.



On analyse souvent Fauvel comme le compos de de faus et de vel , cest dire la Fausset Voile. On voit galement le nom FAUVEL comme lacronyme de Flatterie, Avarice, Villainie, Varit, Envie, et Laschet. Certes, et le jargon de Villon nest pas loin. Cependant, on ne se demande presque jamais pourquoi il y a un ne dans la crche, mme si on se rappelle que Juda est roux.



Ignace le Teigneux




Livre I Vers 1-90 : Torcher Fauvel !



Sources

Dictionnaire des lettres franaises le Moyen Age, nouvelle dition sous la direction de Genevive Hasenohr et Michel Zink, La Pochothque, 1992.

Gervais du Bus, Roman de Fauvel, d. A. Langfors, Paris, 1914-1919 (SARF, 63).



Interprtations musicales bases sur le ms. BN, fr. 146.

:

http://pagesperso-orange.fr/doublepictures/fauvel.htm

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..(Le roman (le genre littraire

    
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..(Le roman (le genre littraire











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: 01






Etude des processus de la cration
Roman de Fauvel de Chaillou de Pesstain - fr.146


La structure du Roman de Fauvel

Sur la musique du Roman de Fauvel:

" Plusieurs de ces pices ne sont certainement pas de lauteur de la compilation copie dans notre manuscrit, et quelques-unes nont aucun rapport avec le roman dont elles encadrent le texte. On y trouve en grande abondance des fragments liturgiques [] dont ladmission cet endroit ne sexplique que par un caprice assez singulier. Mais dautres [] ont t composes exprs pour accompagner notre roman; elles contiennent contre Fauvel, en latin Fauvellus, Falvellus ou Favellus, des plaintes dnues dailleurs de tout intrt. "

Gaston Paris crit ces lignes en 1898, devant limpressionnante compilation de pices mdivales qui accompagne Fauvel. Approuv par Langfors en 1914, critiqu par Emilie Dahnk en 35, il est la source dune controverse qui persiste encore, dans une moindre mesure, de nos jours. Ainsi Bernard Gagnepain crit-il en 1996; " [Les interpolations musicales] nont t choisies que pour leur sens qui sadapte plus ou moins au contenu du pome. [] La situation densemble est assez anarchique. On ne dcle de la part de Chaillou du Pestain aucun souci de cohrence musicale; son dsir est simplement de mettre des ides en chansons laide de pices qui circulaient lpoque, et non de faire uvre dart. "

Il est incontestable que la diversit et l'abondance des formes musicales utilises dans Le Roman de Fauvel peut dranger. L'interpolation de Chaillou de Pesstain a fait de l'uvre un ensemble en apparence htrogne, touffu, dont on dgage assez mal les lignes directrices. Pourtant, si des diffrences de structures sont observables entre le premier et le second livres, il nen reste pas moins que les pices musicales sadaptent parfaitement au dcoupage et au ton de luvre - uvre rhtorique dans sa premire partie et narrative dans la deuxime.

I- Deux livres et deux structures

Par son remaniement du roman, Chaillou de Pesstain a plus ou moins boulevers la structure initiale de Fauvel. Les changements se sont essentiellement ports sur le second livre. En effet, le premier livre a t interpol musicalement, mais na subi aucune modification sur le plan du texte; la musique y joue donc le rle dillustration, de complment de signification, mais elle suit le grand dcoupage mis en place par Gervais du Bus. En revanche, le second livre a pris une toute autre tournure avec le dialogue amoureux de Fauvel et Fortune, le rcit du mariage et de la joute. La musique y suit le cours du rcit. Forme orale par excellence, elle se prte aux dialogues, la personnification. En accord avec un texte plus narratif, elle fait passer l'uvre de l'allgorie l'histoire et remplace les abstractions par des personnages bien rels, incarns par les chanteurs.

Ce sont donc deux livres extrmement dissemblables qui se prsentent la lecture du BN146. Par leurs diffrences de ton et de forme, ils s'apparentent deux genres littraires distincts - si du moins le terme de genre littraire est signifiant lorsqu'on parle du Moyen Age: disons plutt qu'ils ne peuvent tre apprhends pareillement par le lecteur. Le premier livre, essentiellement fond sur lallgorie, est une mise en accusation du monde et de sa corruption. Les classes sociales y sont tour tour vilipendes avec une mme virulence. Le narrateur parle du monde dans lequel il vit, menace du pire pour le futur et ne se sert du cheval fauve quafin de personnaliser les perversions quil dnonce. Il ny a rien de narratif dans ce livre; il sagit plutt dun discours (discours rhtorique comme on le verra ci-dessous), il rpond une structure simple, directement apprhendable loral. La musique sous-tend la thse dfendue dans le discours.

Le second livre, par contre, est clairement narratif. Fauvel n'y est plus une personnalisation du Vice mais bien plutt le Vice en action, pensant et agissant. Il est entour de nouveaux personnages et le narrateur lui-mme se fait mnestrel et acteur, le conteur d'une histoire vcue. Le fait qu'il ait assist aux vnements qu'il relate donne videmment plus de poids ses convictions, et la satire est toujours trs prsente. Cependant, la description du monde est la fois adoucie et plus raliste dans ce livre. La musique sert de parole aux personnages, elle ne ddaigne ni les sujets ni les formes profanes (l'amour, le lai, la sotte chanson); en alternance avec le texte, elle fait avancer l'intrigue dans le temps narratif.
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: 02    14, 2008 3:31 pm

02






I- Le premier livre (Cliquez ici pour le tableau structurel. Il s'affichera dans une fentre spare.)

1- Un discours rhtorique

Le premier livre est construit sur une dnonciation de la corruption dans le monde. Il prend la forme d'un discours qui s'articule selon les canons rhtoriques, en quatre mouvements: exemple (hypothse), thse, preuve et conclusion (voir le tableau page suivante).

Le personnage de Fauvel est essentiellement un prtexte pour prsenter le renversement de l'ordre tabli par Dieu. Si, dans les premiers vers, il est mis en scne comme un personnage de fiction, c'est bien le rel qui prend le pas peu peu. La thse du narrateur est certes teinte d'allgorie: les animaux au-dessus des hommes, la nacelle "Eglise" naufrage, la lune sur le soleil. Mais les accusations contre l'Eglise et les nobles sont tout fait d'actualit, chacun peut observer au quotidien les faits imputs aux religieux: des prtres qui prfrent la vie mondaine leurs sermons, l'accumulation des richesses chez les chanoines L'allgorie est galement prsente avec la plainte de l'Eglise, mais elle renvoie l'actualit et au procs des Templiers. La rfrence aux premiers pres de l'Eglise ancre elle-mme la vindicte du narrateur dans la ralit. Vraie, relle par essence, l'Ecriture ne met que mieux en lumire le bouleversement du monde. Comparer les temps mythiques l'tat observable de la chrtient, c'est prendre la mesure du non-respect du rite et de l'exemple fondateur de la socit. Le parallle entre les deux mondes autorise le narrateur annoncer l'apocalypse, l'effondrement d'un ordre qui se maintenait par la rptition des prceptes inculqus par les pres.

En cela, le premier livre du Roman de Fauvel s'apparente vritablement au genre discursif: on y parle de ralit et non de fiction. Le narrateur n'est pas un personnage invent, c'est un homme qui ragit aux tendances de la socit dans laquelle il vit.





2- L'apport de la musique: une polyphonie structurelle

Tout le premier livre, l'exception de la conclusion, est interpol de motets et de proses. Le choix de ces deux formes est en lui-mme rvlateur puisqu'il apporte, en termes rhtoriques, un "argument d'autorit" aux thses dveloppes par le narrateur. Ce sont en effet des formes qui se construisent sur des textes musicaux dj existants, trs souvent religieux; elles se fondent la fois sur le pass et le sacr.

La prose, d'abord, est un texte qui trope un ou plusieurs mlismes, donnant lieu la prosula. Elle se prte en particulier aux jubilus, broderies qui terminent les parties ou fins de pices grgoriennes. Il s'agit donc d'un texte religieux, s'insrant sur les notes "libres" d'une mlodie, et cens manifester l'allgresse du chantre devant Dieu. La prose prolonge le concept du jubilus: on allonge la musique d'un chant pour mieux montrer la joie du croyant, puis on allonge le texte son tour, car on a le sentiment qu'il y a dans le jubilus une place pour une prire supplmentaire. Au fil du temps, la prose va se dtacher de la pice grgorienne laquelle elle appartenait pour former un morceau part entire. C'est cette forme que l'on rencontre dans le Roman de Fauvel, avec bien sr des textes adapts au rcit. En tous les cas, l'utilisation d'une forme tire du grgorien - donc de l'Ecriture divine elle-mme - place le discours du narrateur sous l'gide du Crateur. Rappelons que le grgorien est la base un embellissement musical des Ecritures, propre en faire ressortir la spiritualit: "La mlodie grgorienne est intimement lie au latin, langue de la liturgie occidentale, qu'elle embellit et ennoblit. [] Le texte sacr transforme la mlodie grgorienne en une prire objectivement bonne, voire parfaite, et qui se prte admirablement exprimer les diverses nuances spirituelles du texte." On peut d'ailleurs supposer que ces pices monophoniques, au texte si proche des vises du discours, sont chantes par le narrateur. Elles sont pour lui un moyen de se placer du ct de la vrit divine, et donc de parer toute contradiction.

Le motet jouit des mmes avantages. Qu'il soit deux, trois ou quatre voix, il se construit toujours sur la base d'un tnor qui est en gnral une phrase mlodique emprunte un texte plus ancien. Le tnor de la p.m.5, par exemple, est "la mlodie de la premire strophe d'une squence d'Adam de saint Victor pour tous les saints". Les motets, du moins dans le rpertoire latin, ont par consquent un fondement ancien et religieux qui leur confre une autorit incontestable. L'usage de la langue latine, est en lui-mme un argument: c'est la langue des clercs, de ceux qui sont habilits parler du divin.

Il faut nanmoins mettre l'cart la p.m.29, un motet trois voix crit en franais, dont le tnor est chant par Fauvel. Cette pice fait le lien entre la "preuve" (accusation des nobles) et la conclusion (fin du monde). Elle prdit un avenir sombre l'ensemble de l'humanit. Son tnor - son fondement, sa pierre d'angle - est une parole de Fauvel sur une mlodie qui rappelle les sottes chansons. Elle introduit les deux dernires pices du livre I qui n'appartiennent, elles non plus, ni la forme de la prose ni celle du motet. Il s'agit du rondeau "Porchier mieus estre ameroie" (p.m.30) qui constitue galement le tnor de la p.m.122, et de l'Allluia pour la Pentecte "Veni Sancte Spiritus" (p.m.31).

Jusqu'au XVme sicle, le rondeau, issu d'une forme chorgraphique (la "ronde"), est exclusivement franais. C'est une forme fixe dont la structure est en tout point respecte dans le Roman de Fauvel. La p.m.30 parat construite de faon tre accessible tous: elle runit une forme musicale populaire et un texte en franais trs simple saisir. De fait, c'est la pice qui livre le message le plus important du roman, savoir la renonciation tous les vices reprsents par Fauvel et qui ont t mis en avant dans la p.m.29. Il est intressant de constater que dans le premier comme dans le second livre, elle introduit la musique accompagnant la conclusion; elle est suivie dans les deux cas d'une prire. Le doublet renonciation aux richesses - prire s'oppose aux fins pessimistes des deux livres, comme si la musique reprsentait l'ordre face au "bestournement" du monde.



3- La roue de Fortune

L'apport de la musique est trs significatif dans les trois premires parties du livre (exemple, thse, preuve). Les pices chantes - uniquement des motets et des proses - se rpartissent en morceaux une voix (les proses), ou une voix accompagne d'un instrument (les motets teneur), et morceaux trois ou quatre voix (les motets treble et teneur). Les pices solistes, certainement chantes par le narrateur ou du moins par un musicien reprsentant son personnage, encadrent toujours les pices plusieurs voix, et de fait, ces dernires ne vont jamais l'encontre des paroles de l'orateur; elles l'appuient au contraire par le nombre plus important des interprtes.

La musique suit parfaitement le dcoupage du roman et oppose trois grandes parties aux exemple, thse et preuve du livre I. Ce dcoupage permet bien sr l'illustration du discours, mais il met aussi en place, partir de la thse, une roue de Fortune qui ne cessera de tourner qu' la conclusion et qui se fonde sur un regroupement ternaire des pices musicales.

Chaque partie, en effet, est construite selon un rythme ternaire qui fait alterner les pices du soliste et les motets trois ou quatre voix. La premire partie, par exemple, est construite sur le schma 3MT, 2MTT, 2MT+P. Elle commence par trois motets introductifs deux voix (chant + instrument), annonciateurs des principaux thmes qui seront dvelopps dans le roman (Fauvel, le vice, le monde perverti, la prire); elle se poursuit par deux motets trois voix qui d'emble accusent l'Eglise et plus particulirement l'ordre des Dominicains; elle se termine par une prose et deux motets deux voix qui font cho aux critiques contre l'Eglise, puis adressent des prires au Saint-Esprit, la Vierge, et lancent un avertissement aux hommes. Cette partie s'achve par un motet trois voix qui accompagne la symbolique de Fauvel et joue, comme le texte du roman, sur les mots: la voix du motetus brode sur le vocabulaire grammatical latin (ablativus, dativum, preposicionis, activo, passivum) Ce jeu plaisant arrive comme un entracte entre la partie I et la partie II; il fait l'effet d'une respiration, d'un relchement dans l'ensemble trs grave des pices interprtes.

L'on dnombre trois prires dans la squence ternaire explicite ci-dessus. Elles sont destines une trinit un peu bouleverse: Dieu, le Saint-Esprit et la Vierge. Le Christ n'apparat pas ici, mais il sera la figure essentielle de l'illustration musicale dans la troisime partie.

L'on peut tendre le principe ternaire au tempus de la musique. En effet, l'Ars Nova instaure la conqute du rythme binaire - le tempus imperfectus - et par l fait du tempus un choix artistique. Comme on le verra plus tard, les interpolateurs du Roman de Fauvel ont jou pleinement des innovations musicales de ce dbut de sicle. En rester la forme classique du tempus perfectus est certainement un choix dict par l'image de Fortune. Le chiffre 3 tant symboliquement associ au cercle dans l'imaginaire mathmatique, il aide introduire l'image de la roue dans la deuxime partie du livre.

La thse du monde "bestourn" par Fortune est image par la musique. Comme dans la premire partie, les pices du soliste encadrent une pice d'ensemble selon le schma "2 proses - un motet - 2 proses". La p.m.10, "O varium Fortune lubricum" fait tat de l'inconstance de Fortune, qui a lev Fauvel au plus haut rang. Les trois pices suivantes en montrent les consquences (la corruption est reine, les bons serviteurs sont mal rcompenss, la foi est morte). Mais la p.m.14 explique que c'est souvent la position leve qui cause la chute et la damnation des hommes: c'est le prsage d'un nouveau retournement des choses.

La pice centrale de cette partie finit par une prire Dieu, "hoc duc, deus, ad portas inferi", qui suppose une chute de ceux qui ont t levs. Elle fait en outre alterner les vers latins et franais - le sacr et le profane- comme un balancier au centre de la seconde partie. Son tnor, "verbum iniquum et dolosum abhominabitur dominus", augure la chute des mchants. Ce motet central, balanant entre deux langues, semble donc pencher du ct du Bien et d'un prochain changement de situation. Il est appuy par la p.m.14 qui retourne la situation dcrite dans les trois pices prcdentes.

L'ventuel retour l'ordre permet d'amorcer la troisime partie du livre avec un rappel de la Passion. Le Christ ouvre les trois volets de cette partie avec les p.m.15, 19 et 25; il sert d'exemple pour tous les mauvais prtres que le texte accuse par ailleurs.

Le premier volet est constitu de trois proses qui encadrent un motet. Le souvenir de la Passion est pos comme un mode d'accs au royaume des cieux, le Christ est souverain dans la premire pice. Mais aussitt vient une prose sur l'argent roi, un motet sur la cupidit dans l'Eglise et une autre prose, de circonstance, qui explique comment le verbe "praeesse" renverse les valeurs.

Il faut l'ouverture d'un second volet pour que le Christ retrouve sa prminence. Une prose rappelle la hirarchie et les valeurs qu'il a institues dans l'Eglise. Cette pice se dveloppe comme un modle suivre pour tous les prtres. Mais l encore, le gain, l'orgueil et la perversion prennent le pas sur l'exemple. Ce volet est compos de quatre proses qui encadrent symtriquement deux motets. Les motets font des reproches directs aux mauvais prtres; le treble de la p.m.22 met en scne le Christ adressant des plaintes aux prlats trop cupides. Ce volet se termine par des conseils au jeune prlat et un avertissement: les plus haut placs auront subir la chute la plus grave.

La roue tourne une fois de plus avec la chute des puissants. L'on retrouve Jsus-Christ roi et prtre au dbut du troisime volet. La prose qui le donne en exemple est suivie de nouvelles rcriminations contre ceux qui se procurent des dignits ecclsiastiques par l'agent. Le motet central est une lamentation de l'Eglise sur les Templiers qui fait cho celle du texte. Mais une dernire fois la roue tourne avec une prose trs explicite sur le revers de Fortune: l'humble est lev tandis que l'altier est ploy, c'est sur cette ide que les trois volets de cette partie se ferment.

L'on dnombre, entre la deuxime et la troisime partie, sept tours de la roue de Fortune, chiffre symbolique annonant la fin d'un cycle et peut-tre ici la fin du monde augure par le narrateur. Un motet trois voix fait le lien entre les troisime et quatrime parties (la p.m.29, soutenue, comme on l'a vu dans II-2, par le tnor de Fauvel). Son motetus rappelle le "bestournement" du monde tandis que le treble prvoit un avenir douloureux pour les hommes. Cette pice est en franais, elle introduit le rondeau et l'allluia de la conclusion qui sont l'un et l'autre aisment comprhensible. Le message de ce livre passe donc travers sa fin plus franaise que latine, intimation renoncer aux richesses et s'en remettre Dieu.

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: 03    14, 2008 3:40 pm

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4- Rapports entre les parties textuelles et musicales

Les quatre grandes parties de la narration musicale se superposent parfaitement celles du texte. Elles n'voquent pas systmatiquement les mmes sujets que le roman mais toujours, elles apportent un complment de signification, symbolique ou rel. A la premire partie, allgorique, qui prsente le personnage de Fauvel correspond une constatation de la corruption dans le monde rel. Cette partie joue comme un symbole o le texte serait le symbolisant et renverrait quelque chose de cach, le symbolis ou la musique. Le texte fait apparatre ce que le monde tente de dissimuler, il provoque travers la musique l'incarnation de ce qui tait cach.

La thse du renversement des valeurs, par contre, s'exprime de la mme manire dans les deux aspects de l'uvre, par le monde et la morale renverss. La musique est cependant la seule laisser poindre un nouveau retournement des choses.

La troisime partie est essentiellement une accusation des religieux qui vient tayer le thme du "bestournement". Le texte et la musique prennent acte de l'exemple des aptres et des lois laisses par Jsus Christ, exemples bafous par l'Eglise contemporaine. Si le texte se laisse aller cent vers supplmentaires sur les vices de la noblesse, la musique n'en parle pas et se contente d'assurer le rythme ternaire de la roue de Fortune.

La conclusion, dans le roman, annonce la fin du monde de faon pessimiste. La musique fait l office de conseillre; elle prpare les mes justes la renonciation et la prire, et de cette faon, laisse entrevoir un espoir pour tous les hommes de Bien, espoir qui se matrialisera dans le livre II sous la forme des Vertus mais plus encore dans un Au-del que les schmes temporels laissent entrevoir (voir notre partie sur l'imaginaire).

En tous les cas, il faut remarquer que face au texte allgorique, la musique est plus ancre dans le rel, et si ce rle lui a t assign, c'est sans doute parce qu'elle touche directement les sens. Art de sensation, elle fait prouver le rel l'auditeur.





II- Le second livre (Cliquez ici pour le tableau structurel. Il s'affichera dans une fentre spare.)

1- Une narration

Du point de vue littraire, il faut rappeler que le second livre est "cosign" par Gervais du Bus et Chaillou de Pesstain. Il se divise sommairement en deux grandes parties crites respectivement par l'un et l'autre auteurs. Si les diffrences de ton et de style sont assez notables entre les deux crivains, le livre n'en possde pas moins une homognit qui vient de sa structuration par Chaillou de Pesstain.

Il faut d'abord noter que, pour la premire fois, des indications de lieux apparaissent (le premier livre, porte plus gnrale, ne situait pas Fauvel et sa cour). Ces diffrents lieux structurent le livre en quatre sous-parties - deux pour chaque auteur - qui prennent place successivement dans le palais de Fauvel, Macrocosme, Paris puis au pr Saint-Germain. Ces quatre sous-parties commencent toutes par une description du lieu et de ses habitants (voir le tableau).

Avec les lieux, l'on voit apparatre des personnages pensants et agissants. Fauvel, qui n'tait qu'une image au livre I, prend la dcision d'pouser Fortune, puis d'organiser une joute. Il est celui par qui les vnements adviennent et qui provoque les agissements ou les penses des autres personnages. On n'a plus faire, comme dans le premier livre, des reprsentants symboliques des divers ordres ou classes sociales, mais des individus caractriss.

Ce livre met donc en place un dcor o voluent des personnages et ce titre tient dj plus du genre narratif. Il se dveloppe chez Gervais du Bus selon l'axe du duel Fauvel/Fortune, et chez Chaillou de Pesstain selon la ligne plus gnrale du bien et du mal. En fait, l'interpolation de Chaillou est construite sur du collectif (les Vices, les Vertus, le peuple de Paris) alors que le texte de Gervais renvoie davantage l'allgorie singulire, avec les figures opposes de l'Antchrist et de la Providence. Cette diffrence s'apparente celle que l'on a note dans le livre I propos du texte et de la musique: le texte crit par Gervais y tait essentiellement allgorique, alors que la musique ajoute par Chaillou s'intressait au rel et aux vices directement observables dans l'Eglise et les congrgations religieuses. Dans le second livre on ne peut parler de rapport au rel puisqu'il s'agit cette fois de fiction; cependant, la typologie parisienne et la diversit des personnages introduits par Chaillou de Pesstain fait de la seconde partie une narration plus vraisemblable et plus proche du quotidien. Il s'agit en fait de deux faons diffrentes d'introduire une gnralisation du discours. Par l'allgorie, Gervais renvoie d'une singularit un comportement gnral, tandis que Chaillou se place directement dans le collectif.

Il faut enfin remarquer un certain paralllisme entre les deux grandes parties du livre II. L'on a dj observ les quatre descriptions annonant les quatre lieux de la narration. Il faudrait ajouter que la premire partie commence par une description du palais puis de la "mesnie fauveline", c'est--dire du lieu et des acteurs du mal, tandis que la seconde partie s'ouvre sur Paris et l'investissement de la ville par les Vertus, c'est--dire par le Bien. (Paris, en effet, est prsent sous un angle positif avec le verset "Ha, Parisius, civitas Regis magni" et le rpons "Iste locus dat nobis gaudium".) La deuxime sous-partie de chaque auteur est le rcit d'un duel, Fauvel contre Fortune chez Gervais, les Vices contre les Vertus chez Chaillou. La premire grande partie se termine par une enfreinte la religion - le mariage sans prtre de Fauvel et Vaine Gloire - de mme que la seconde avec la conqute de l'immortalit par la Fontaine de Jouvence. L'espoir qu'avait fait natre la descente de Fortune auprs des Vertus est remis en cause par les nouvelles perversions du cheval fauve, ce qui entrane la prire finale du narrateur.

La seule vritable enfreinte au paralllisme des parties consiste en les trois pisodes successifs du banquet, du charivari et des deux miracles. Le charivari est nettement spar du reste de la narration: rcit de la nuit dans un roman diurne, il fait presque l'effet d'un rcit en abyme, avec ses conventions, son style propres, et surtout ses secrets (les masques, les figures mythiques, les chansons apparemment incohrentes). Autour de lui s'articulent la fte au palais de Fauvel, presque orgiaque, avec son abondance de mets qui se transforment en vices, puis les miracles o l'on mange aussi, o l'on se rjouit, mais o la nourriture est le sang et le corps du Christ. Ces trois pisodes sont tous leur manire des ftes: le banquet orgiaque du soir, l'trange carnaval nocturne, et le miracle au matin. Avant le dernier affrontement du bien et du mal, ils traduisent l'expression du collectif face son futur. La valeur commmorative de la fte est dtourne vers l'avenir, le rassemblement de la foule montre trois types d'attitudes: l'picurisme insouciant du lendemain, la contestation de la socit, volont de bouleversement, et la fte cleste dj dtache du monde.





2- Formes musicales et Ars Nova

Dans le second livre, la musique accompagne la tendance narrative du texte en devenant presque exclusivement parole des personnages. Si l'on excepte le charivari et les chansons d'amour de Fauvel Fortune, le rpertoire reste essentiellement religieux.

On voit apparatre de nettes diffrences entre le premier et le second livres dans le choix des formes musicales utilises. Le second livre est plus htrogne, d'abord cause de la diversit des thmes abords, mais aussi au sein mme des genres (religieux, courtois, populaire). Encore importante au dbut du second livre - dans la partie crite par Gervais du Bus - , la forme de la prose disparat progressivement pour laisser place aux versets, qui se trouvent dans ce livre en nombre important: partir du voyage Macrocosme, on ne compte plus que six proses pour vingt-huit versets, les psaumes et citations bibliques devenant les textes privilgis. D'une manire gnrale, la musique devient essentiellement liturgique; on trouve aux cts des versets des antiennes et des rpons en alternance qui font penser la structure de l'office. Ces pices sont l'apanage exclusif des Vertus, de Fortune et du narrateur. On observe une relative unit de forme dans les chants des Vertus, chaque forme musicale tant associe un pisode du roman. Ainsi, ce sont les versets qui dominent au banquet, les antiennes et rpons alterns devant la Vierge, et les antiennes avant la joute. Ces choix contribuent structurer le roman en donnant des cadres stylistiques la musique.

Le narrateur dlaisse compltement le motet. La forme n'apparat quasiment plus qu' trois voix, au dbut et la fin du livre. Il s'agit de montrer, dans la parti descriptive du palais de Fauvel, ce que cache la splendeur des btiments (l'envie, l'avarice) et la fin de crier sa prire au Ciel. En somme, ces motets, chants plusieurs voix par des acteurs non dtermins, refltent l'expression gnrale devant la cour de l'Antchrist puis devant la "cour divine" (les prires s'adressant tous les personnages clestes importants: la Trinit, Marie et le Christ).

Comme les excutants des motets, le narrateur apparat essentiellement en dbut et fin de livre. S'il se met en avant dans la trame narrative - il est maintenant acteur et non plus seulement juge - il a tendance s'effacer dans l'aspect musical. De fait, il semble qu'aprs un trs long premier livre dont il est le seul intervenant la fois clairement dtermin et s'exprimant au discours direct, il laisse place "l'action". le premier livre fait figure de prambule la narration. Les passages chants sont maintenant rservs aux personnages proprement dits, aux agissants et non aux spectateurs.

A propos du temps de musique imparti chaque personnage, il faut noter que Fauvel a t gratifi d'un allongement significatif de sa partie au moment du duel amoureux, tant au niveau du texte que de la musique. En ralit, tout a t fait pour que les deux protagonistes disposent du mme temps de parole. On dnombre, aprs interpolation, 1157 vers pour Fauvel et 1103 pour Fortune. Si l'on excepte les courts refrains qui passent comme des interludes dans l'interminable discours de Fauvel, les deux personnages interprtent le mme nombre de pices: des ballades, lais et rondeaux pour l'ne fauve; des versets, proses et antiennes pour Fortune (plus un lai et un rondeau parodiques).

De prime abord, il parat tonnant que le symbole de l'Antchrist soit plac au mme niveau que la Providence - quoique par ailleurs, ceci rende l'pisode plus divertissant. Une explication plausible tiendrait en ce que le Roman de Fauvel est le texte fondateur de l'Ars Nova. Les prcurseurs voyaient l une forme d'art moderne laissant une libert bien plus grande au crateur, tandis que l'Eglise se dchanait contre les nouveauts stylistiques qui corrompaient les textes liturgiques. Comme on le verra dans notre partie sur l'imaginaire du roman, c'est dans les pices chantes de Fauvel que se trouve la plus grande concentration d'innovations: utilisation conjointe du tempus perfectus et du tempus imperfectus, nombreuses apparitions de la minime, altrations dues au changement d'hexacorde Le personnage de Fauvel tait le plus mme de prsenter ce bouleversement, ce "bestournement" musical, comme l'entendaient les religieux . L'usage de l'Ars Nova dans des pices profanes sur l'amour devait paratre plus adapt. Nanmoins, le but des musiciens tait aussi de revendiquer leur art et l'importance du corpus amoureux leur a permis de se faire entendre. Le temps de quelques chansons, Fauvel n'est plus le "fourrier de l'Antchrist" mais le messager d'un art nouveau.

Le Roman de Fauvel est donc extrmement structur, tant au plan littraire que musical. Dans le premier livre, les pices interpoles jouent essentiellement le rle d'une strate de signification supplmentaire. Dans le second livre, elles s'intgrent l'action en refltant les penses de personnages dtermins. Ce second point rpond tout fait une tradition thtrale; c'est pourquoi il faut se demander si la reprsentation musicale du Roman de Fauvel a pu prendre une dimension dramatique.





Aurlie Herbelot (ah433@cam.ac.uk) - Thse de Matrise - Soutenue l'Universit de Savoie, Chambry, France, 1998




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http://www.cl.cam.ac.uk/~ah433/medieval/fauvel2.html

: Chapitre 2



: La thtralit du Roman de Fauvel

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